Mardi 12 mai 2009 2 12 /05 /Mai /2009 23:18

Kamal-ol-Molk, jeune

KAMAL-OL-MOLK: ARTISTE-PEINTRE DU XIXème SIECLE (1847-1940)



  Il est des tableaux qui appellent à la fantaisie et aux charmes. Et d'autres, plus audacieux comme ceux de cet artiste, qui appellent aux voyages et aux mondes des rêves. Ses
œuvres sont toutes des voluptés persanes mêlées majestueusement à une géométrie compliquée et savante.  Des voyages qui nous dépaysent et qui nous fortifient dans l'âme et cela vers des pays fantasmés dont on ne voit que l'utile à son art. Tels sont les tableaux de ce grand homme. Kamal-ol-molk est sans conteste un des plus talentueux et des plus exemplaires artiste-peintre que le monde n'est jamais vu; malgré son génie hors du commun il reste encore trop peu célèbre voire quasiment inconnu en France.
  Le Ta’zîeh, théâtre religieux iranien

Des débuts prodigieux


  Kamal-ol-molk est né à Kasha en Iran en 1847 dont la véritable identité était Mohammad Ghaffari. Il passe son enfance dans un monde où la création et l'art sont omniprésents autour de lui pour la simple  raison que la famille du petit Mohammad est une des plus célèbres dans l'Iran pour ces éminents artistes: son père Mirza Bozorg Ghaffari Kashani fut un artiste célèbre et fondateur de la première école de  peinture dans son pays. Son frère Abutorab Ghaffari fut également artiste peintre en Iran. Et son oncle Mirza Khan Abolhassan Ghaffari plus connu son le nom de Sanee-ol-molk était connu pour ces portraits à  l'aquarelle et ses illustrations des Mille et une nuits. Dès lors le petit Mohammad developpa dans cet environnement stimulant un goût et un talent précoces pour l'art, la calligraphie et la peinture.  Telles furent les prémisses de sa personnalité
extrêmement curieuse et acharnée qui étaient au service de son art. 
  A la fin de sa première scolarité, Mohammad s'installe à la capitale de l'Iran à Téhéran afin de poursuivre ses études. Il s'inscrit également à Dar-ol-Fonoon School pour étudier la peinture avec notamment  comme maître le peintre Mozayen-od-Doleh, qui avait visité l'Europe et étudié l'art occidental. Durant cette période d'expérimentation et d'apprentissage qui dura trois ans, le jeune homme passa et s'acharna  aux moindre temps libres à travailler la peinture et sa technique déjà impeccable mais dont il ne cessera jamais de vouloir perfectionner jusqu'à sa mort. Dans son école de peinture, il se fait déjà remarquer  comme un élève brillant et virtuose, mais surtout comme étant un véritable artiste qui attira l'attention du public sur ses peintures. Le monarque iranien Nasereddin Shah Qajar, lors de ses visites à Dar-ol- Fonoon, demanda qu'on lui fasse présenter le jeune artiste et ses
oeuvres: il fut tellement impressionner par son incroyable talent qu'il l'invita à rejoindre la cour en tant que peintre officiel. Le jeune  Mohammad âgé à peine de 18 ans accepta la proposition.  


  Durand cette période à la cour, il continue, égal à lui-même, à parfaire sa technique mais surtout il peint sans doute le chef d'oeuvre de sa vie: La galerie des miroirs. Chef-d'oeuvre qui lui vaudra son  surnom donné par Nasereddin Shah: Kamal-ol-molk qui signigit la perfection sur terre en iranien. Au cours des années, Kamal-ol-molk reste à la cours du monarque et il crée quelques-unes de ses
oeuvres les  plus marquantes. Il continue à peindre à la cour jusqu'à l'assassinat de Nasereddin Shah le 1er mai 1896 dont les peintures, pendant cette période, ont été des portraits de grands personnages, des paysages, des  tableaux de chasse royal, et les différentes parties du palais. Il peindra plus de 170 tableaux mais dont la plupart ont malheureusement été détruits ou emportés à l'étranger. Les tableaux de Kamal-ol-Molk qu'il a peints au cours de cette période nous indiquent ses tentatives de progresser dans son art et son désir de découvrir les lois de la peinture à l'huile. Il progresse si vite qu'il assimile de lui-même  les lois de la perspective et les appliquent à ses travaux.    

La galerie des miroirs

Deux voyages importants: l'Europe et l'Irak
 
  Depuis la mort du roi Nasereddin Shah, que Mozaffareddin Shah succède, l'artiste qui est âgé alors de 47 ans ne retrouve plus l'ambiance et l'inspiration sous le règne de ce dernier. Kamal-ol-molk décide par  conséquent de partir pour l'Europe avec la même intention et curiosité d'améliorer son art. Durant une période de quatre ans en Europe, l'artiste iranien s'intéressera surtout à la richesse de l'art occidental  qu'il considère comme bénéfique pour sa progression. Il se lie d'amitié avec des artistes européens, avec qui il discute sur les enjeux de l'art occidental, de leur conception de l'art, et de leur style.



  Il visite également la plupart des musées européens pour étudier
scrupuleusement les tableaux des grands maîtres tels que Raphaël, Le Titien, De Vinci. En outre, il s'essaie à l'art de la copie de ces tableaux de maître, dont il excelle parfaitement: il copie certaines des oeuvres du maître flamand Rembrandt, tels que l'Autoportrait, Jonas, et Saint-Mathieu. Les exemplaires de ces tableaux ont été si  magnifiques et parfaits, que ceux qui étaient charger des les comparer avec l'original ont été incapables de les distinguer. Montrant une fois de plus l'exceptionnelle et virtuose technique qu'il avait acquise  mais dont il n'était jamais complètement satisfaite. Pendant ces quatre années en Europe, Kamal-ol-Molk n'a jamais cessé d'exercer son art comme un escrimeur qui s'entraîne et qui veut s'améliorer: égal à  lui-même, il créa et il appris en Europe, avant de revenir en 1898 dans son pays. 
  En Iran, la pression politique qui pesait sur Kamal-ol-Molk ne lui a pas donné d'autres choix que de quitter son pays pour rejoindre l'Irak. Il profita de cet exil, qui dura deux années, pour visiter la  ville sainte en Irak dont les coupoles d'or, les minarets turquoise, les mosquées, les tombeaux sacrés, et le cortège de pèlerins dans les lieux saints ont été des sources d'inspirations pour l'artiste. Deux de ses plus magnifiques oeuvres marquent cette période en Irak: Karbala-ye Moalla Square ainsi que Fortune tellers juive of Bagdad. 



L'homme de coeur et l'artiste de génie

  Après un séjour de deux ans en Irak, l'artiste revient enfin dans son pays. L'école Kamal-ol-Molk art school est fondé par l'artiste dont les objectifs sont de trouver de nouveaux talents pour que ces jeunes  artistes progressent pleinement et de la meilleure manière. D'autre part, Kamal-ol-Molk est un artiste qui ne se limite pas à la peinture. En effet il présenta également des sculptures, des tapis, de la conception  de mosaïque, et des boiseries à l'école pour que ces pratiques artisanales ne se perdent pas avec le temps. Kamal-ol-molk enseignait de surcroît une véritiable éthique aux étudiants en insistant sur  l'importance de l'humanité et de l'amour; il comprit que la spiritualité était indissociable de l'art: "pas de chef-d'oeuvre sans grande pensée". Autres anecdotes marquant le caractère généreux de l'artiste: il restait parfois très tard pour enseigner l'art aux étudiants désirant progresser. Et pour les étudiants pauvres Kamal-ol- molk n'hésita pas à débourser de son propre paiement mensuel pour les aider.


  Mais cette période d'enseignement ne dura pas: dans les années 1920, Kamal-ol-Molk est en désaccord avec son gouvernement qu'il considère comme corrompu; dès lors il refuse de coopérer avec son chef Reza  Khan. Après plusieurs propositions vaines de la part de Reza Khan, qui avaient pour but de persuader l'artiste de revenir à la cour, il comprit qu'il n'aurait jamais Kamal-ol-Molk à ses côtés. Par conséquent,  il décida de réduire le salaire de l'artiste et d'augmenter les frais de scolarité pour le forcer à démissionner: coup réussi ! En 1928 après sa démission, le grand artiste dut s'exiler dans le village de  Neishaboor dans lequel il vécut ces derniers jours. Durant cette période d'isolement, l'artiste perdit malheureusement son oeil et cela dans de circonstances inconnues; c'est pourquoi dans son exil, avant sa mort,  il ne peignait pas. Kamal-ol-Molk est mort à 93 ans en 1940. Il est enterré à Nishapur à côté d'une grande figure emblématique du souffisme Attar Neishaburi.

Tombe de Kamal-ol-Molk

Conclusion: un artiste exemplaire


  Kamal-ol-Molk n'était pas seulement un artiste de génie pour la haute qualité de ces tableaux et de son talent mais également pour son caractère et son parcours; tout artiste devrait avoir cette même envie de se dépasser dans son art. De surpasser non pas un autre mais soi-même. Kamal-ol-Molk était très exigeant avec lui-même: il n'a jamais cessé de vouloir perfectionner sa technique. Amoureux de son pays, il passa toute sa vie à relancer l'art et la culture de son pays.

Kamal-ol-Molk, sur le lit de mort




http://www.teheran.ir/   (mensuel culturel iranien en langue française)
http://www.ghaffaris.com/  (site de la famille Ghaffaris)


Par V. M. - Publié dans : Culture
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